Raskolnikow directed by Robert Wiene (1923)
by Sacha Dumain
Avant même que je ne vois Raskolnikow de Robert Wiene, ce film suscitait chez moi de grandes espérances. Pourquoi ?
Tout d’abord le réalisateur : Robert Wiene ; généralement connu pour son film (magistral) Le Cabinet du Docteur Caligari (l’un des films pionniers de l’expressionisme allemand que j’ai également adoré) était un indicateur encourageant et cela même si j’avais lu des critiques acerbes à son sujet.
Le sujet du film : c’est une adaptation de Crime et Châtiment de Dostoïevski. Cela tombait bien puisque Dostoïevski est l’un enfin L‘écrivain étranger que je préfère. Même si Crime et Châtiment n’est pas le livre que je conseillerais en premier de lui, c’est tout de même un excellent roman.
En résumé, tout était optimal pour faire de ce film une petite merveille. Le résultat est d’après moi à la hauteur des espérances. S’attaquer à Crime et Châtiment était dangereux et Wiene s’en tire plutôt bien.
Une fois n’est pas coutume, je vais débuter par les moins de ce film. Comme tout grand roman de la littérature russe, le nombre de personnages est très important. Pour preuve, à chaque roman russe je m’arme d’un papier pour noter noms, patronymes et petites biographies de chaque personnage pour m’y retrouver ou plutôt pour ne pas m’y perdre. Ce qui fait la richesse du roman devient très vite un inconvénient lorsque l’on souhaite l’adapter au cinéma. Ici, et malgré le talent de Wiene, la confusion entre les personnages peut se ressentir plusieurs fois et surtout, on observe une perte significative dans la richesse des personnages. Je sais bien que ce dernier point n’est pas propre à ce film mais plutôt à toute adaptation cinématographique cependant, la profondeur psychologique des personnages étant un point fort de Dostoievski, pour ne pas dire des écrivains russes en général, je devais vous le signaler.
Deuxième chose, Raskolnikow est un film quasi introuvable en France et si vous arrivez malgré tout à le dénicher, vous devrez vous satisfaire d’une version plutôt médiocre… Et c’est vraiment dommage ! D’autant plus que sur ma version par exemple, la restauration ne demanderait pas de grands efforts, ou du moins de petites choses amélioreraient significativement la qualité du film. (Réajuster les niveaux et les contrastes et faire disparaître quelques importantes rayures)
Passons désormais aux points positifs. La première chose à noter est l’accord parfait des décors avec l’ambiance du livre. Les décors expressionistes étaient ici un choix plus que judicieux. Si vous avez lu Crime et Châtiment, je suis quasiment certain que vous retrouverez le poids, l’angoisse et la noirceur du roman dans les différentes captures d’écran ci-dessous.
La durée du film, plutôt courte et dans la norme des films expressionistes aurait pu être un problème vu la taille conséquente du livre… En effet, cela engendre une grande accélération de l’action mais on retrouve finalement le style hâché, oppressant et “allant à l’essentiel” de Dostoïevski. Encore un bon point pour Wiene.
C’est étrange, j’ai du mal à dire ce que j’ai aimé de ce film et pourtant, il m’a vraiment séduit. Je l’associe avec une grande facilité au roman de Dostoïevski ; et pourtant dieu sait que j’ai du mal avec les adaptations.
Je pense que les captures d’écran que j’ai choisi parleront pour moi. J’espère que vous trouverez cette version (sur internet c’est plus facile), en tout cas si vous n’avez pas encore lu Crime et Châtiment de Dostoïevski, il faut vous y mettre et cela rapidement. C’est une expérience qui doit être vécue.
Bon film,
Merci de m’avoir lu








Comments
Le ton de l’article ainsi que ces quelques images ont fini par me convaincre en dépit de la qualité de l’image. Des encouragements en ce qui concerne le changement de perspective du site qui s’annonce très prometteur.
J’ai aimé ton article ; constructif, fluide enfin bref ton ecriture n’est pas lourde, ca va tout seul, c’est parfait parce que pas envie de se prendre la tete sur un blog.
Le film j’ai reussi à le trouver. Merci de me l’avoir fais découvrir parce que c’est vraiment une pure merveille pour ceux qui aiment l’expressionisme allemand… oui une PURE MERVEILLE un point c’est tout !
Par contre (j’veux pas faire le “relou” mais) c’est juste quand tu parle de Dostoievski, dont je suis tres fan, je ne suis pas vraiment d’accord sur le style “allant à l’essentiel” de Dostoïevski … Quand tu prend par exemple “Les Pauvres Gens”, tu te dis que ce genie fait tout dans le détail, toute la richesse de son art est justement dans cette lourde lenteur de chaque détail, de chaque minute qui passe (ici dans sa correspondance notamment) et ca j’avoue ne pas l’avoir vraiment retrouvé dans l’adaptation de “Crime et Chatiment” …